Andrzej Wajda

Szymon Konieczny

L’article d’aujourd’hui s’inscrira dans notre série qui a pour but de vous présenter quelques personnalités polonaises importantes. Malgré ce que l’on pourrait croire, celles-ci ne manquent pas. Quel que soit le domaine - politique, littérature, musique, science, cinéma ou encore sport – chacun d’entre eux contient de nombreux représentants. Certains sont plus célèbres à l’échelle internationale que d’autres, mais tous ont été (ou le sont toujours) importants dans leurs domaines, parfois même au point d’avoir changé les cours de l’histoire. Aujourd’hui, nous allons vous parler d’Andrzej Wajda, réalisateur, scénariste, metteur en scène – géant du cinéma polonais.


 

 

Andrzej Wajda est né le 6 mars 1926 à Suwałki. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, son père a été victime du Massacre de Katyń, assassinat de masse perpétré par la police politique de l’Union Soviétique sur plusieurs milliers de polonais considérés comme hostiles à l’idéologie communiste, gardé secret jusqu’en 1990. Quant à Wajda, il est entré à l’Armia Krajowa, l’Armée de l’Intérieur, le plus grand mouvement de résistance polonais. Passionné par la peinture, après la guerre, il a failli entrer à l’Académie des beaux-arts de Cracovie mais, finalement, a préféré commencer des études de cinéma à l’École nationale de cinéma de Łódź en 1949.


L’un des rares réalisateurs restés en Pologne pendant le communisme, Wajda était le représentant de divers courants artistiques au cours de sa vie. Au tout début de sa carrière, ses films contenaient des éléments du Réalisme Socialiste, doctrine artistique selon laquelle les œuvres d’art devaient refléter et promouvoir les principes du communisme soviétique. Cependant, avec son troisième long métrage, Kanał (Ils aimaient la vie), paru en 1956 et récompensé par un prix du jury au Festival de Cannes, Wajda a lancé un nouveau mouvement cinématographique – l’Ecole Polonaise de Cinéma. Ce nouveau courant voulait rompre avec le cinéma socialiste tout en étudiant les changements survenus pendant la Seconde Guerre Mondiale et le début de l’époque communiste. L’Ecole Polonaise de Cinéma voulait aussi réfléchir sur les mythes nationaux, comme l’honneur, le sacrifice pour la patrie et l’héroïsme. Le tout, bien souvent, avec un ton critique – ce qui explique que les films s’inscrivant dans ce mouvement soient remplis de métaphores et doubles sens ayant pour but de contourner la censure, très sensible à l’époque. En tant qu’autre incontournable de Wajda représentant le courant, nous pouvons citer Popiół i diament (Cendres et Diamant, 1958) ou encore Lotna (La Dernière Charge, 1959).


 

 

Autre sujet traité par Wajda au cours de sa carrière, tout comme dans les tendances cinématographiques polonaises de l’époque – les adaptations cinématographiques des grandes œuvres littéraires. Ainsi, on retrouve aussi dans les films crées par Wajda Popioły (Cendres, 1965), Wesele (Les Noces, 1973), Ziemia obiecana (La Terre de la grande promesse, 1975), Pan Tadeusz (Messire Thadée, 1999) ou encore Zemsta (La Vengeance, 2002). Mais il n’y a pas que dans le « courant dominant » que Wajda a su laisser une trace. Il est aussi l’un des lanceurs du Cinéma de l’Inquiétude Morale – courant lancé en tant que réaction à la limitation de la liberté d’expression et l’interdiction de toute discussion sur les problèmes socio-politiques constamment mis en place par les autorités communistes. Les œuvres de Wajda appartenant à ce courant sont Człowiek z marmuru (L'Homme de marbre, 1976), Bez znieczulenia (Sans anesthésie, 1978) et Dyrygent (Le Chef d'orchestre, 1980).

 


 

Finalement, Andrzej Wajda est aussi l’auteur de plusieurs films historiques, ayant réussi à capter le climat de la période étudiée, notamment Człowiek z żelaza (L'Homme de fer, 1981) et Katyń (2007). Bien évidemment, toutes les œuvres citées ne sont que des exemples les plus importants de la carrière du réalisateur, qui reste impressionnante. Même si ses films peuvent paraître hermétiques à d’autres cultures à cause de son étude, bien souvent à double fond, des mythes d’identité nationale et des héros martyrologiques, ils ont reçu une réception positive à l’international. Si bien qu’en 2000, Wajda a reçu un Oscar d’honneur « en reconnaissance de cinq décennies de réalisation de films extraordinaires ». En somme, une panoplie de films que l’on vous recommande vivement !