Kampania wrześniowa…

…La Campagne de Septembre

Szymon Konieczny

Pour ce premier l’article de la rentrée, nous avons décidé de vous parler d’un événement historique toujours très présent dans la mémoire collective polonaise, sujet de controverse et plaie mal-refermée. En Pologne, qui dit premier septembre dit aussi invasion de la Pologne par les forces nazies, appelée par les historiens la « Campagne de Pologne » ou la « Campagne de Septembre » et marquant le début de la Seconde Guerre Mondiale. Dans cet article, nous allons adopter un point de vue polonais pour nous concentrer essentiellement sur des faits peu connus ou non transmis par les écoles en France, tout en essayant de défaire certaines idées reçues.

 

Dans les prémices politiques (nous allons laisser l’idéologie nazie de côté !) de l’invasion, nous pouvons citer les prétentions territoriales hitlériennes, voulant officiellement connecter les terres allemandes autour de la mer baltique, séparées alors par une partie du territoire polonais incluant la ville de Danzig. Une carte est visible ci-dessus. Pendant la période précédant la guerre, les services secrets allemands ont effectué une série de sabotages sur les infrastructures présentes dans les zones frontalières sur leur propre territoire, afin de présenter la Pologne comme un agresseur, légitimisant davantage une éventuelle attaque. Mais le plus grand préparatif reste tout de même la signature du pacte Ribbentrop-Molotov entre le Reich et l’Union Soviétique. Officiellement, l’accord était une promesse de non-agression entre les deux pays et assurait la neutralité des signataires en cas d’attaque d’une tierce partie. Officieusement, le pacte contenait des protocoles secrets délimitant le partage des territoires situés entre le Reich et l’URSS – la Scandinavie, les pays baltes, la Roumanie, la Finlande et la Pologne – preuves de la volonté d’expansion et d’agressivité de ces deux pays. Curiosité historique, les services secrets américains auraient réussi à saisir ces protocoles secrets avant le début de l’invasion, tout en les transmettant aux services français, pays allié de la Pologne, qui ont « oublié » d’en informer le gouvernement polonais…

Quant à l’invasion elle-même, l’inaction de la France et de la Grande-Bretagne et la période initiale de « Drôle de Guerre » (où la France était officiellement en guerre sans aucune action militaire) restent un sujet très controversé en Pologne, perçu comme une trahison par une partie de la population. Certains historiens pensent qu’il s’agit d’une occasion non-saisie par les Alliés – Hitler avait concentré la majorité de ses forces sur le front Est, la France et la Grande-Bretagne possédaient plus d’avions et de chars d’assaut et auraient pu mettre en place une opération militaire permettant de changer les cours de la guerre, voire même la gagner très vite… Avec des « si » on fait un monde. Toujours est-il, la résistance de la Pologne a donné aux Alliés le temps nécessaire à mieux se préparer pour le reste de la guerre. 

Concernant cette résistance, il existe une idée reçue d’après laquelle elle était faible, voire inexistante, menant à une victoire rapide des forces nazies. Cependant, si nous regardons les chiffres bruts, la Campagne de Septembre n’a duré qu’une semaine de moins que la bataille de France. Les nazis ont perdu environ 1000 chars d’assaut et blindés (30% des effectifs), 10 000 véhicules, 280 avions et 45 000 soldats (blessés, morts et disparus confondus). Hitler lui-même aurait admis que l’infanterie allemande n’avait pas réussi à remplir ses attentes. L’intensité des combats sur le sol polonais a provoqué une grande diminution des stocks de munitions des armées de terre et de l’air nazies, ne permettant plus que deux semaines de combat de plus ainsi que la nécessité de nombreuses réparations des véhicules et de l’équipement. Tout cela alors que l’armée polonaise souffrait d’un retard technologique important. 

 

Ce retard technologique est à l’origine d’un autre mythe – celui de la cavalerie polonaise chargeant des chars d’assaut. Certains pourraient interpréter cela comme un geste héroïque et désespéré, symbole de résistance et d’un combat perdu d’avance… D’autres l’interprètent comme un symbole de stupidité et de primitivité. Mais il faut savoir que même si la Pologne possédait plusieurs brigades de cavalerie (tout comme l’Allemagne nazie et l’URSS d’ailleurs !), elle n’a jamais fait de charge directe contre des blindés. Equipées entre autres de fusils antichar wz.35 et d’artillerie légère (et non pas de sabres et de lances, comme dans le mythe), il s’agissait plutôt d’unités de reconnaissance et d’infanterie mobile, permettant la mise en place de manœuvres de flanquement et de charges contre des unités d’infanterie dite « normale ». Ainsi, ce mythe a été mis en place par la propagande nazie, voulant souligner le retard et le côté primitif de l’armée et, par extension, de toute la société polonaise. Après la guerre, le régime communiste a repris et continué la légende en tant que symbole d’héroïsme.

 

Néanmoins, comme nous l’avons déjà sous-entendu précédemment, nous ne pouvons pas nier cet héroïsme des troupes polonaises. Encore une fois, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si nous prenons en compte toutes les forces en jeu en septembre 1939 (nazis et URSS confondus), 900 000 hommes ont dû défendre le pays contre 2 millions d’envahisseurs. Cette disproportion est reflétée dans de nombreuses batailles (sinon toutes !), dont la plus célèbre est sûrement celle de Wizna, surnommée la « Bataille des Thermopyles » polonaise. Lors de celle-ci, environ 700 soldats ont tenu leurs positions pendant 3 jours, et ce contre… 42 000 ennemis, aidés par l’aviation. Des proportions de 60 contre 1. Et certaines sources mentionnent même qu’il n’y avait que 350 soldats polonais…